Abbaye des Moulineaux - Poigny la Forêt

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Abbaye des Moulineaux - Poigny la Forêt

Message par Admin le Mer 8 Avr - 15:11

Dossier documentaire de l'Abbaye des Moulineaux - Poigny la Forêt (par Olivier Chagot)


De sa fondation à son entrée dans la seigneurie d’Angennes – 1170-1558

« De bonne heure, la forêt d’Yveline commence à se peupler. Divers ordres y fondent des monastères, et des ermites y vivent dans la retraite et la pauvreté. A partir de 836, des paroisses rurales sont fondées et desservies par des religieux ou prises en charge par des couvents, pour la plupart d’origine bénédictine. C’est le cas de Gazeran, Rambouillet, Poigny, et de nombreux prieurés et abbayes sont déjà installés quand débute le 12e siècle. L’abbaye de St Magloire à Paris reçoit des droits sur la paroisse de Poigny, en même temps qu’une annexe avec un moulin à Guipéreux, près de l’étang. Les moines du prieuré St Thomas d’Epernon ont des droits sur le lieu des Moulineaux, ainsi nommé à cause des moulins établis sur le petit ru venant du village. Mais dans le dernier quart du 12e siècle, ils y renoncent en faveur des Grandmontains qui viennent de s’établir sur ce territoire et d’y fonder « une celle ». Ce sont des solitaires venant du Limousin et appartenant à un ordre fondé en 1116, un des premiers d’origine française et des plus importants de l’époque. La fondation des Moulineaux se situe sans doute dans la seconde moitié du 12e siècle, mais la date exacte en reste inconnue, car la charte a été perdue depuis longtemps. On la situe aux alentours de 1170. Elle est en partie due au roi Charles VII. Le village de Poigny compte alors de 60 à 80 paroissiens. Ils vivent près de l’église, cultivent les petites plaines défrichées à l’intérieur de l’immense forêt ou travaillent dans les bois disséminés dans des huttes de bûcherons. L’arrivée des religieux et la nécessité de défricher les terres incultes qu’ils ont reçus, de bâtir l’église et les bâtiments conventuels sont une aubaine pour les pauvres gens de la paroisse qui sont embauchés pour aider les frères convers à mettre en culture les alentours du couvent, à cuisiner, à s’occuper des travaux domestiques. Comme à Muret et à Grandmont, les « bonshommes » deviennent la providence des déshérités. Bientôt s’élèvent à l’intérieur d’un premier mur de clôture, autour d’une cour, les bâtiments qu’habiteront les religieux, le cloître et au centre, l’église conventuelle dont il reste encore actuellement l’abside circulaire qui présente de longues et étroites fenêtres ogivales ainsi que de fines colonnes extérieures, et ne possède pas de clocher. Elle est sous le vocable de Notre-Dame. Un jardin et un verger ont aussi leur place entre les murs intérieurs. Des bois, des prés, des champs et des étangs se trouvent entre cette première clôture et une deuxième enceinte marquée par un fossé. Ces biens constituent une importante propriété qui s’agrandit à l’occasion de différents dons. Le 21 mars 1189, le pape Clément III a prononcé la canonisation de St Etienne de Muret. C’est une grande joie pour toutes les maisons de l’ordre et certainement pour Notre Dame des Moulineaux. Le règne de Philippe Auguste ouvre pour le monastère une ère de prospérité qui va se continuer sous les rois Louis VIII et Louis IX. Convers et paysans transforment le paysage : les marécages deviennent des étangs poissonneux et bien entretenus, avec de solides chaussées. Les terres incultes sont défrichées, les vergers remplacent les taillis, le moulin qui jouxte la clôture, actionné par la rivière ne chôme pas et le domaine au cours du 13e siècle va atteindre 460 arpents, soit 230 hectares. Divers propriétaires terriens du village cèdent aussi une partie de leurs biens aux frères des Moulineaux et une charte originale du seigneur de Poigny en 1227, ratifie diverses donations faites par Nicolas Payen et ses frères ainsi que par Simon maire de Poigny et son frère Jean. A part les legs, les « bonshommes acquièrent aussi des biens par achats. Ils font aussi des échanges avec d’autres maisons religieuses des environs, et c’est pat ces actes que l’on connait le nom du premier prieur : Grimoald. Il y a peu de références sur la vie interne de la maison, l’identité des religieux pendant cette période et le fonctionnement de l’économie. Sans aucun doute, la vie était semblable à celle des autres monastères de Grandmont : vie simple et retirée. La prospérité de leur maison, suscite convoitises et discussions avec leur entourage. Leurs possessions et leurs droits sont sans cesse remis en question et c’est une cause d’affaiblissement qui permettra par la suite au pape Jean XXII de transformer l’ordre et de supprimer aux Moulineaux leur indépendance.
Cependant Notre Dame des Moulineaux à la fin du 13e siècle est encore un monastère florissant et si le recensement de 1295 indique 6 religieux, c’est que, comme dans toutes les maisons de l’ordre, on a conservé le caractère d’une association érémitique et il ne semble pas que les clercs aient jamais été très nombreux, les convers, au début, faisant nombre. Dans ce nouveau contexte de refonte des ordres religieux, plusieurs prieurés dont Notre Dame des Moulineaux sont unis sous la coupe du prieur de Louye devenu prieuré chef avec 18 religieux, au diocèse d’Orléans. Cependant la petite maison de Pougny, bien qu’incorporée à Louye, ne disparait pas. Elle demeure lieu d’obédience du prieuré-chef jusqu’au milieu du 16e siècle et est dirigée jusque vers la fin du 15e siècle par un prieur ou un administrateur nommé par le prieur de Louye. Ceci révèle qu’il existe encore une communauté à Notre Dame des Moulineaux, mais en ce qui concerne la conventualité, on ne peut rien affirmer car il ne reste aucune trace de chartes de cette époque en faisant mention.
La guerre de cent ans apporte un autre mauvais coup au monastère qui n’est plus entretenu comme avant et qui ne reçoit aucune subvention de l’ordre et de son prieuré-chef pour réparer les dégâts. Bien plus, comme toute annexe, il doit verser une part de ses revenus à Louye. Or, du fait des combats qui vont se passer dans la région, les terres ne sont plus cultivées par les paysans. Les loyers ne sont plus payés ni les droits généralement perçus par le couvent. Dans ces conditions, l’état des lieux devient précaire et il n’est pas étonnant qu’au siècle suivant, il sera considéré comme en mauvais état et d’aucun profit, car il a perdu beaucoup de sa valeur. A cette époque on retrouve encore le nom d’un prieur des Moulineaux. Il s’agit de Pierre Galle. 2 administrateurs se succédèrent entre 1452 et 1478, mais aucun prieur ne fut plus nommé. La conventualité disparait, les moines quittent tous les lieux, les terres sont louées ou affermées. Pendant près d’un siècle plusieurs fermiers vont se succéder et les redevances vont être directement versées à Louye.
Si le prieuré est donné en bénéfice à des frères pour finir leurs jours ou a des ecclésiastiques et peut-être aussi à des laïcs qui en touchent des revenus, personne ne s’occupe d’améliorer les bâtiments, ni même de remarquer le besoin de réparations. Pourtant des offices sont toujours célébrés dans l’église priorale.
En 1558, Charles d’Angennes alors évêque du Mans et par la suite cardinal de Rambouillet reçoit le domaine à bail et pense en faire une résidence d’été pour se reposer. L’intérêt de ce bail réside dans la description qui est faite du prieuré, de ses dépendances, de ses terres. Il consistait en « maison, grandes estables, bergeries, cours, jardins, arbres fruitiers, terres labourables, prés, moulin, estangs, garennes et taillis ». L’enclos des moines, par ce biais, entrait déjà dans le sillage des seigneurs d’Angennes. Il rentrera directement dans leur domaine quelques années plus tard.



L’extinction du prieuré.

En juillet 1576, a lieu un échange entre Claude d’Angennes et son frère Jean de Poigny, du lieu des Moulineaux contre la seigneurie des Besnières. Par ce contrat, le prieuré Notre Dame des Moulineaux, dont il reste trois vieux corps de logis et une chapelle menaçant ruine, ainsi que des communs assez importants, est cédé au sieur de Poigny. C’en était fini du prieuré des Moulineaux qui avait été une assez riche maison de l’ordre en raison de ses privilèges. A cette époque, la chatellerie de Poigny, devenue marquisat, avait à son tour disparue, englobée dans le duché de Rambouillet et la maison des Moulineaux, comme le village de Poigny allait rentrer dans l’ombre.
L’ordre de Grandmont lui-même allait être supprimé quelques années plus tard. Quant au site de Notre Dame des Moulineaux, devenu le hameau du Petit-Poigny au 19e siècle, il passa de mains en mains, abrita diverses entreprises dont une laminerie d’étain qui employa de nombreux pugnéens ; la chapelle servit même de grenier à grains.
Puis le domaine fut vendu. Un bâtiment existait encore, peut-être le reste des communs où furent installés des gardes au début du 20e siècle. En 1906, le bien fut acheté par le comte de Fels et est devenu aujourd’hui par héritage la propriété de la famille de Castellane. »
Extraits du livre de Geneviève Hude « Poigny-la-Forêt, village de rêve et d’histoire au coeur de l’Yveline » – 1990



LE PRIEURE DES MOULINEAUX AUJOURD’HUI.

Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Peu de choses :
Une partie du mur d’enceinte, une ruine dressée et l’élégante abside d’une modeste chapelle (cf. annexe photo ) dont le toit défoncé, menace de s’effondrer (cf. annexe photo), les restes des anciennes étuves.
Mais c’est un monument historique car il fait partie d’une grande famille dont beaucoup de branches ont disparu. Tout ce qui pourra être sauvé est essentiel pour la connaissance de l’architecture grandmontaine. (Gilles Bresson – conférence du 8.11.2012 -)
Au début du 20e siècle, comme en témoignent les cartes postales, l’ensemble n’était pas en trop mauvais état. Aujourd’hui, le prieuré est envahi par la végétation, la toiture est trouée et l’intérieur commence à être fortement dégradé. Les trois-quarts de la nef ont été amputés au 16e siècle lors de la sécularisation. L’abside, à trois voûtains en arêtes, est éclairée par trois grandes fenêtres en plein cintre, comparable à celle de St Jean-les-Bonshommes, de Louye et surtout d’Aulnoy.
A l’intérieur, on remarque encore la présence de la piscine. Il n’y a pas d’autres exemples où l’on a, pour les eaux ordinaires une piscine en tronc de pyramide inversé, et pour les eaux consacrées un tronc de cône inversé. En général dans l’architecture grandmontaine, les deux bacs son
identiques.
Le décrochement de l’abside par rapport à la nef est absent. Une corniche à cavet parcourt la partie semicirculaire de l’abside sous les ébrasures des fenêtres comme à Louye. La partie subsistante de la nef s’étend sur environ 7 m de longueur. La nef, voûtée en berceau brisé, possède un cordon en demi-tore à la base de la voûte. On note la présence d’un arc doubleau reposant sur des culots à hauteur du cordon. Le chevet comporte quatre hautes colonnettes couronnées de chapiteaux décorés de feuilles plates comme à St Jean-les-Bonshommes.
A l’emplacement du reste de la nef, une grande cave voûtée en plein cintre a été aménagée sous un bâtiment d’habitation aujourd’hui détruit. Elle a été construite en gros appareillage de pierres et s’élève à mi-hauteur. On y accède par une porte voûtée. Ses dimensions intérieures sont de 19,20 m de longueur sur 4,65 m de largeur. Cette cave daterait sans doute du 16e siècle.

NOTA : LA PRIORITE EST DE CONSERVER ET SECURISER CE SITE CLASSE MONUMENT HISTORIQUE LE 18 JUILLET 2014. DES INTRUSIONS ET DEGRADATIONS PERSISTENT. LA RENOVATION DE LA TOITURE EST EN DISCUSSION.

AIDONS A CONSERVER CE BIJOU ARCHITECTURAL !!!







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